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Art et Science, drôle de dialogue, ou les Clairs-obscurs du Cosmos

juin 6, 2011

«L’art est fait pour troubler, la science pour rassurer»
Georges Braque

A quoi sert l’art, à quoi sert la science ? Leurs champs d’exploration sont-ils différents ou similaires, synergiques ou opposés ? Peut-on encore dire que la science sert le progrès, alors que l’art nourrit la pensée ? Admettre qu’il n’y a pas de progrès en art et que le champ de l’art, qui certes explore sans cesse de nouveaux territoires, s’étend de manière horizontale – au contraire de la science qui permettrait à l’homme de progresser, chaque nouvelle découverte s’appuyant sur la précédente dans une construction verticale et «pointue» du savoir humain et de ses applications, comme cela fut communément admis, du temps du modernisme et au siècle des lumières ? Le rapprochement des deux disciplines est-il souhaitable, pour contribuer, entre autres, à «science avec conscience» ?

A l’instigation de Adon Peres et en collaboration avec l’Espace Topographie de l’Art de Paris, la responsable du Musée d’histoire des Sciences de Genève, Laurence-Isaline Stahl Gretsch va accueillir la plasticienne Vera Röhm, qui explore des aspects très particuliers de ces interactions entre art et sciences (dès le 9 juin 2011). En effet, quand on pense « Art et Sciences », les trois champs qui viennent immédiatement à l’esprit sont l’approche des corps organiques, animaux ou végétaux ; l’utilisation des machines, et plus particulièrement de l’informatique ; et depuis quelques années, les études environnementales. Le cosmos semble plus éloigné.

Et pourtant… Vera Röhm, elle, s’intéresse bel et bien à « cette obscure clarté qui tombe des étoiles », au déplacement des ombres et aux rapports complexes entre espace et temps. Dans ses travaux, le ciel étoilé semble se déployer sous forme de typographie cosmologique, un firmament abstrait sur lequel Vera Röhm trace les noms des étoiles et des constellations, insufflant dans l’esprit du spectateur la perception d’une construction cosmique.

Les mots de Vera Röhm résonnent sous les yeux du spectateur et le font accéder à un niveau de conscience différent. «Topographie der Zeit, explique Vera Röhm elle-même, est le titre d’un ensemble d’œuvres par lequel je tente, au moyen de projections d’ombres, de rendre visible et sensible le temps comme mouvement. Un gnomon (projecteur d’ombre) et des surfaces d’ombre matérialisées (feutre, fer, béton) sont les composantes de ces installations, par lesquelles je cherche à représenter le mouvement comme temps ou le temps comme mouvement. Les traces d’ombres en sont l’expérience sensorielle…»

Engageons dès lors un dialogue imaginaire entre artiste et scientifiques. Ceux de l’Université de Genève sont aussi des poètes, des poètes de l’univers lointain… : «Depuis longtemps déjà, les astronomes savent qu’un nombre élevé de sources lumineuses reste indétectable lors des grands relevés systématiques effectués dans l’univers lointain. Mais aujourd’hui, grâce à un relevé extrêmement minutieux réalisé au moyen de deux des quatre télescopes formant le Very Large Telescope de l’Observatoire européen austral, une équipe de chercheurs a pu déterminer pourquoi une grande fraction de ces galaxies situées à dix milliards d’années-lumière demeure invisible et de dévoiler quelques-unes des galaxies les moins lumineuses jamais détectées à ce stade de l’évolution de l’univers.»

Vera Röhm, elle, selon Dirk Martin «crée une galaxie déchiffrable qui, sous forme de poésie visuelle, transporte le spectateur dans le lointain infini du cosmos lui permettant de découvrir, avec elle (l’artiste), c’est-à-dire grâce à elle, l’étendue des constellations comme langage, l’idée et la réalisation constituant une démonstration unique de communion cosmologique» (extrait de Vera Röhm, Himmelslicht und Erdschatten, catalogue de l’exposition «Kosmos», Galerie Linde Hollinger, Preysing Verlag, 2011).

Pendant ce temps, une équipe d’astronomes de l’Université de Genève, utilisant l’instrument HARPS, découvre un système planétaire comprenant au moins cinq planètes orbitant autour de l’étoile HD 10180, qui ressemble à notre Soleil, démontrant l’existence de deux planètes supplémentaires, dont l’une aurait la masse la plus petite jamais détectée. Cela rend ce système similaire à notre propre système en ce qui concerne le nombre de planètes et de plus, les distances entre les planètes et leur étoile suivent un arrangement régulier, comme dans notre système solaire…

Le dialogue se poursuit. Les scientifiques parlent de l’être et du non-être, de matière et d’antimatière. L’artiste Vera Röhm, du temps et de l’espace, de l’ombre et de la lumière. Une lumière qui dès demain nous conduira sur les chemins des ILLUMInations de Bice Curiger à Venise…

La richesse du dialogue est infinie.

Reflets du ciel, de Vera Röhm, au Musée d’Histoire des Sciences de Genève 128, rue de Lausanne, Genève, du 9 juin au 4 septembre 2011.

La nuit est l’ombre de la Terre, de Vera Röhm, à la Galerie Analix Forever, 2 rue de Hesse, Genève, du 25 juin au 23 juillet 2011.

Publié dans Les Quotidiennes le 6 Juin 2011

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