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La Biennale de Venise par Barbara Polla dans daté.es

juin 23, 2011

Venise au pied levé, une illumination culturelle — Venise
Barbara Polla, 4 juin 2011

« La Biennale vient d’ouvrir. Les émerveillements sont multiples, en elle et autour d’elle. La Suisse est à l’honneur avec Bice Curiger, magnifique rédactrice de Parkett qui a fait un travail discret, efficace et surprenant. On est loin des sentiers battus, loin du glamour à tout prix : la Biennale 2011 propose de multiples découvertes, des re-découvertes aussi, dans une mise en écho des œuvres du très local mais pas très contemporain Tintoret – mais oui – avec des œuvres d’artistes très jeunes et quasiment inconnus du grand public, tel Mohamed Bourouissa par exemple (1978, galerie Kamel Mennour) dont est présentée à l’Arsenal une double projection vidéo qui nous offre une vision singulière du monde carcéral français. Une autre surprise, les pigeons de Maurizio Cattelan, qui a l’entrée du Pavillon Central semblent regarder de haut la peinture murale de Josh Smith (Japon, 1976, à voir aussi à l’Arsenal), ILLUMInations… Le titre choisi par Curiger pour cette Biennale qu’elle veut lumineuse et ouverte. Levez les yeux, dans tout le Pavillon, les pigeons se sont multipliés !

Parmi les Pavillons, il en est un qui mérite une mention toute spéciale : celui de la Roumanie (co-comissaires Maria Rus Bojan et Ami Barak). En effet, c’est le seul pavillon (parmi ceux que j’ai visités) dans lequel le commissaire – Ami Barak, curateur international des plus respectés, que sa renommée a conduit jusqu’à Shanghai l’an dernier pour chapeauter la grande exposition Art of the World – est là, en personne, accueillant, expliquant, commentant, distribuant lui-même le catalogue d’exception réalisé à cette occasion, sous forme d’un supplément spécial de la revue « IDEA arts+society. Ami Barak qui suit depuis longtemps le travail de Ion Grigorescu, joyeusement taggué dans Performing History par les deux jeunes artistes associées, Anetta Mona Chisaet Lucia Tkacova.

Mais tous les pavillons bien sûr, méritent que l’on prenne le temps. Le pavillon grec, adéquatement minimal, de l’eau et de la lumière – avec des piécettes qui remplissent d’ores et déjà les bassins – modeste contribution des visiteurs à un pays dont l’économie en déréliction n’altère en rien l’illumination ? Le pavillon espagnol, dont le commissaire n’est rien moins que Katya Garcia Anton, directeur en partance de notre Centre d’Art Contemporain, avec une installation-performance de Dora Garcia (pas d’histoire de famille ici…) qui se renouvellera continuellement jusqu’au 27 novembre, autour du thème de la folie ordinaire – The Deviant Majority. Ne sommes nous pas tous dans cette majorité déviante, la normalité étant tellement hors norme qu’il devient impossible de la définir ? Le pavillon belge avec une projection vidéo installation peinture en sept canaux, de Angel Vergara, nous propose une représentation époustouflante des sept pêchés capitaux (dont beaucoup et notamment la gourmandise, l’orgueil et la luxure sont bien sûr des vertus) tels qu’ils sont agis au quotidien et répercutés dans les media. Dans le pavillon chilien (à l’Arsenal), Fernando Prats présente ses œuvres “environnementales”, dessinées par les éléments naturels – océan, cendres – et réhaussés par la rencontre d’objets multiples, abandonnés ça et là par les humains, notamment suite à la dernière éruption volcanique… à voir absolument. À l’extérieur du pavillon, l’invite du “roi de la petite annonce”, Sir Ernest Henry Shackelton, telle que Fernando Prats l’a installée sur l’île des Eléphants : “Men wanted for hazardous journey. Small wages, bitter cold. Long months of complete darkness. Constant danger, safe return doubtful. Honour and recognition in case of success.” Des centaines d’hommes avaient répondu… C’était en 1914.

Autour ? Rendons tout d’abord honneur à César : la vidéo de David Claerbout au Palazzo Grassi et l’installation ROXYS (l’une des premières installations de l’histoire de l’art, si ce n’est la première) de Edward Kienholz, à la Punta della Dogana, sont tout simplement sublimes. A voir aussi, Modernikon, la Russie à l’honneur, plus directement préhensible qu’en son pavillon ; les Burials de Polly Morgan, remarquable taxidermiste, à Workshop, une galerie qui ouvre pour l’occasion ; The Future of a Promise avec notamment la pièce de mounir fatmi qui avait été censurée à Dubai mais qui ne le sera pas à Venise ; The Mediterranean approach, de Adelina Von Fürstenberg & Thierry Ollat, où l’on retrouvera entre autres, toujours de chez Kamel Mennour, Zineb Sedira – aux côtés de David Casini et d’autres artistes du pourtour méditerranéen : le rapprochement des côtes n’est pas seulement géologique, il est aussi culturel.

La Biennale en point d’orgue ? La performance poétique de John Giorno, proposée par David Dorrell. Pour ceux qui l’ont manquée, relisez Giorno à haute voix : the bells of hell, the bells of hell – the worse is to come, life is going on – and thank you for nothing. »

Publié dans daté.es

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