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Art et écologie

septembre 7, 2011

La question se pose souvent, de savoir si l’art hypercontemporain a, ou non, la possibilité, voire la mission, de changer le monde, ou si en fait, essentiellement, il illustre et accompagne les révolutions qui ont lieu en son absence. Dans le cas de l’écologie, force est de constater que si d’éminents précurseurs, trop souvent oubliés dans le contexte de l’art environnemental, ont créé notamment le Land Art, tels Robert Smithson, Richard Long, Robert Morris, Nancy Holt, Walter De Maria, …. , l’art “écologique” actuel est le plus souvent un pâle suiveur des réalités ou pseudoréalités éco-pathétiques. Je ne mets pas en cause les préoccupations mêmes des artistes – ne les soupçonnant en aucun cas de vouloir être dans le vent des soutiens institutionnels – mais plutôt la qualité du travail, souvent affligeante.

Mais deux œuvres récentes, très différentes l’une de l’autre (parmi tant d’autres aussi, faut-il le dire…) soulignent à nouveau la capacité de l’art d’émouvoir, de donner à penser, sans donner de leçons (les donneurs de leçons, d’ailleurs, fondamentalement, empêchent de penser…)

Le premier, un travail de Marie Velardi, qui date déjà un peu (2009), mais n’a pas pris une ride : son Atlas des îles perdues… D’une remarquable simplicité. Comme l’écrit Françoise Ninghetto dans le volume de la collection Cahiers d’Artistes de Pro Helvetia consacré à Marie Velardi, l’artiste explore “une archéologie du futur”, une “climatologie” qui se veut plus utopique que scientifique, et qui nous prend par sa charge poétique – et nous restons avec cette question, perdus nous aussi : pourquoi donc la disparition a-t-elle une telle charge poétique ?

Le second, le film Sordid Earth de Mat Collishaw. Projection au Roundhouse, à Londres. habillé pour la circonstance par le célèbre architecte et designer Ron Arad, qui a créé une sorte de rideau magique circulaire de dix-huit mètres de diamètre, fait de tubes de plastique blanc qui captent les projections émanant d’une douzaine de projecteurs. Projection circulaire donc, qui peut être vue soit de l’intérieur (on est alors complètement immergé) soit de l’extérieur, à distance, de haut… – mais, immergé dans quoi demanderez-vous ?

Dans la forêt vierge façon Mat Collishaw, une forêt vierge elle même immergée sous la pluie, secouée par le tonnerre et les éclairs, habitées par des milliers d’insectes, et dans laquelle d’immense orchidées poussent, s’épanouissent et se dilatent avant de se détruire aussi vite, comme par autophagocytose, le tout dans une atmosphère de clair de lune disparue, de fin du monde, de disparition là encore, de la nôtre en l’occurrence…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sordid Earth, de Matt Collishaw.

Debout, assis, couchés à l’intérieur de ce paysage inspiré de John Martin et Martin Johnson Heade, paysage panoramique, circulaire, qui nous emprisonne jusqu’à nous étouffer de sa beauté angoissante d’orage apocalyptique, de fleurs foisonnantes, nous perdons pied sur la terre sordide de Collishaw, qui lui se délecte, selon ses propres termes, à “exploiter les effets corrosifs de notre appétit inextinguible pour les représentations de notre terre ravagée par les catastrophes”.

Notre disparition, comme celle des îles, nous “donne à penser”, profondément, et c’est tant mieux, puisque bientôt, il n’y aura peut-être plus rien à voir…

Publié dans Les Quotidiennes le 5 Septembre 2011

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