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mars 11, 2013


Emmanuel Régent

Regarder fondre le sable

 

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Regarder fondre le sable ?
On retrouve l’un de ces titres mélancoliques dont Emmanuel Régent a le secret et qui nous évoque les chansons d’un Gianni Esposito

les plus fous comme les plus sages
nous n’avons fait que ramasser
quelques cailloux sur le rivage…


Le rivage, limite ténue mais séculaire entre le liquide et l’humain, Régent l’a élu pour y vivre. Pour y vivre, c’est-à-dire y travailler : son atelier a presque les pieds dans l’eau, il s’accroche sur le chemin de ronde des rochers de Villefranche, au sud de la France. Et sur sa terrasse Régent observe le vent et la manière dont, subreptice, il fait tourner et s’accumuler les feuilles, avec une systématisation dont la science ne fait jamais défaut. Et en regardant la mer, il voit ces files d’hommes, infinies, qui ont passé par là ; ces files d’hommes qui attendent, à Marseille, de prendre le bateau pour les Etats Unis pendant la dernière guerre, comme André Breton et Claude Lévi-Strauss qui se retrouvèrent dans la même file, et tant d’autres – ou de monter dans un train, vers la déportation, ces files d’hommes et de femmes et d’enfants qui partout dans le monde attendent de pouvoir rejoindre un ailleurs cruel, La file d’en bas, La file d’en haut, La file à l’escalier, La file en doute, des files qui s’allongent encore et encore, comme celle du Kinderkreuzzug de Brecht, jusqu’à traverser le ciel – jusqu’à ce que La file ne s’allonge plus.

Emmanuel Régent ne prétend pas faire du jamais vu – et c’est comme pour souligner ses multiples références, politiques, artistiques, visuelles, qu’il nous dit que Nous en avions déjà parlé, certes – mais Ils ne l’ont pas encore dit. Les hommes n’auront jamais fini d’essayer de dire, de créer, d’ « extérioriser cette intériorité, selon les termes de Dimitris Dimitriadis, par l’acte créateur, à partir de la condition matérielle de chaque être humain. » Ils ne l’ont pas encore dit – la révolte ne sera jamais assez criée – mais les groupes d’hommes qui parlent n’en évoquent pas moins d’autres histoires de l’humanité d’un temps, les représentations de groupes ceux d’un August Sander, le rapport au vide et à la ligne, à l’exode et à l’exil, celui d’un Gérard Gasiorowski, référence essentielle pour Emmanuel Régent. Quant à la manière de dessiner, avec passion, avec obsession, presque comme un graveur, en laissant tout le vide nécessaire au mouvement de la file, au regard et au pas du spectateur aussi, elle évoque celle d’un Alighiero Boetti.

Redite jamais, reprise toujours, l’humanité file, chacun de nous est l’un de ces individus dans l’une de ces files qui montent l’escalier de l’Atelier d’Art contemporain Analix Forever à Genève, un espace minuscule que l’artiste a réduit encore, pour en faire ce lieu de passage, de passage des files, de la rue à la mezzanine de la galerie, un chemin de ronde symbolique le long duquel les oeuvres de l’artiste prennent leur sens, comme une élévation, vers une sortie de la caverne, vers le haut.

Né à Nice, Emmanuel Régent, diplômé de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris en 2000, vit et travaille entre Paris et Villefranche-sur-mer où se situe son atelier. En 2009, Emmanuel Régent est lauréat du prix « Découverte » des Amis du Palais de Tokyo où à été présentée l’année suivante son exposition personnelle intitulée « Mes plans sur la comète/Drifting away ». Première exposition personnelle d’Emmanuel Régent à Genève, Regarder fondre le sable s’inscrit dans une suite serrée d’expositions à Paris et à Genève, depuis janvier 2013, à la Galerie municipale de Vitry, chez Caroline Smulders à Paris, à Art-Genève (Caroline Smulders), à Drawing Now en avril avec Analix Forever. Emmanuel Régent est également finaliste du Prix Canson 2013.
Emmanuel Régent

Regarder fondre le sable


Watch the sand melting? A melancholic phrase Emmanuel Régent likes and that reminds us of Gianni Esposito’s songs.

Les plus fous comme les plus sages
nous n’avons fait que ramasser
quelques cailloux sur le rivage…

The wildest like the wisest
we only collected
a few pebbles on the shore


Régent has chosen to live by the shoreline, thin but secular limit between liquid and human – to live there, meaning to work there. His studio has its feet in water, located along le chemin de ronde des rochers in Villefranche in the south of France. From his terrace, Régent observes the wind and its surreptitious way of making leaves dance and accumulate systematically according to the laws of science. By watching the sea, he sees infinite lines of people who passed their way. These people waiting in Marseille to get on a ship to the United States during the last war like André Breton and Claude Lévi-Strauss did, as well as many others – or to take a train to the deportation camps. Lines of men, women and children from everywhere in the world expecting to get to a cruel unknown place – La file d’en bas, La file d’en haut, La file à l’escalier, La file en doute (The bottom line, The top line, The Staircase line, The line in doubt) – lines that are stretching, like the one from Kinderkreuzzug of Brecht, until they cross the sky and La file ne s’allonge plus (The line stops).

Emmanuel Régent does not pretend to create a completely new concept. He tells us Nous en avions déjà parlé (We already talked about it) but Ils ne l’ont pas encore dit (They have not said it yet) – as if he wanted to underline his multiple political, artistic and visual references. Humans will never be done trying to say, create and « externalize this interiority through the creative act from the condition of every human being », according to Dimitris Dimitriadis. Ils ne l’ont pas encore dit (They have not said it yet) – revolt among citizens of the world will never be strong enough – but the people who talk about it do refer to stories of humankind from another time, to group representations like August Sander’s, to the relationship with line and vacuum, to exodus and exile, like Gérard Gasiorowski’s, a key reference to Emmanuel Régent. His own way of drawing with passion, obsession – almost like an engraver – by giving to the moving lines, the view and the viewer’s step the necessary vacuum – evokes Alighiero Boetti’s style.

As humankind passes, never repeated, always continued, each of us is one of those individuals in one of those lines who climb the staircase of the Analix Forever contemporary Art Studio in Geneva, a tiny space which the artist has made even tinier and turned into a passage way, passing through the lines from the street to the gallery mezzanine, a symbolic wall-walk where the works of the artist become meaningful, like an elevation towards the exit of a cave, towards the top.

Born in Nice, Emmanuel Régent received his degree from Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris en 2000. He lives and works between Paris and Villefranche-sur-mer were he has his studio. In 2009, Emmanuel Régent ereceived « Découverte » Award of Friends to Palais de Tokyo, where he then presented in 2010 a personal show entitled « Mes plans sur la comète/Drifting away ». First personal exhibition of Emmanuel Régent in Geneva, « Regarder fondre le sable » (Watching the sand melting) is part of a tight succession of exhibitions in Paris and Geneva, since January 2013, at the Galerie municipale at Vitry, at Caroline Smulders in Paris, Art Geneva (with Caroline Smulders) and Drawing Now in April (Analix Forever). Emmanuel Régent is also among the finalists for the Canson Prize 2013.

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