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ÉCONOMIE HUMAINE : une exposition de Paul Ardenne

novembre 17, 2014

Commissaire associée : Barbara Polla

Espace d’Art Contemporain HEC : Direction Anne-Valérie Delval

Invit économie humaine

« ECONOMIE HUMAINE »

L’art contemporain au prisme de l’actualité économique

Cette exposition se propose d’inventorier les rapports que les artistes plasticiens entretiennent aujourd’hui avec le monde de l’entreprise et, plus largement, avec l’économie à l’heure de la globalisation.

Les approches y sont de deux ordres :

1, la saisie « plasticienne » du monde de l’entreprise, de l’économie et de la production ;

2, le jeu avec les indicateurs économiques et l’univers de l’entreprise.

L’accent mis ici sur la créativité et le regard des artistes sollicités pour cette exposition tendent à humaniser le monde du travail et de l’économie. Ils restituent à l’homme une place d’acteur conscient, lucide et « concerned ».

Pourquoi cette exposition ? Pour signifier que l’économie n’est pas exclue des préoccupations de nombre d’artistes contemporains. Pour signifier, encore, comment la vision artistique de l’économie en vient à “humaniser” celle-ci : en la mimant, en la détournant, en en élargissant parfois jusqu’à l’absurde les pratiques, en en faisant un sujet non plus de tension mais bien de décontraction.

Dans les symboliques de nos sociétés, beaucoup d’importance est accordée au politique et bien moins à l’économie matérielle. Si l’économie ne dirige pas, ou pas toujours, le politique, reste que la dimension économique n’est jamais seconde. Le matérialisme n’existe pas en tant que tel : l’économie elle aussi « écrit » une symbolique, elle ne manque jamais de s’inscrire dans des représentations du monde, au-delà de sa réalité concrète. Il est normal, dans cette lumière, que les artistes s’y intéressent, artistes plasticiens notamment, qui retiennent dans cette exposition notre attention
Curieusement cependant, l’histoire de l’art est chiche d’œuvres consacrées au thème économique. Quand ces œuvres existent, par surcroît, elles sont là surtout pour maudire l’économie. Celle-ci, à travers le travail et l’exploitation matérielle, dégraderait l’humain. Ce bannissement de l’économie est l’un des thèmes privilégiés du christianisme primitif : le Christ a chassé les marchands du Temple et, ce faisant, a fait valoir le primat du symbolique sur l’économie.
Le protestantisme, on le sait, modifiera en profondeur le rapport à l’économie. Chez le protestant, la réussite économique est conditionnée par la morale religieuse : le succès dans le Beruf (travail) est un signe d’élection. Cette requalification positive de l’économie n’induit pas pour autant une création artistique à sa gloire. Les œuvres d’art qui ont trait à l’économie, avant le 20e siècle, demeurent peu nombreuses : quelques portraits de banquiers dans la peinture flamande ; quelques représentations de marchands, de villes et des activités humains ; des vues de marchés, de foires, de ports…
Il faut attendre la modernité pour voir l’économie trouver dans le champ de l’art une représentation plus consistante, et plus incisive aussi. Cette représentation suit deux axes : un axe sibyllin (on joue avec l’économie), un axe critique (on dévalue le rôle de l’économie, on le stigmatise). Pour l’axe sibyllin, citons Marcel Duchamp, qui paie en 1919 son dentiste avec un chèque qu’il dessine, ou Yves Klein, avec ses Zones de sensibilité picturale immatérielle – des feuilles d’or sont échangées contre un simple bout de papier mentionnant la transaction. Encore, la fameuse série des Merda d’artista de Piero Manzoni, quelques 90 boites de conserve dans lesquelles ce facétieux créateur italien met ses excréments, vendues au poids de l’or… Quant à l’axe critique, celui-ci met en valeur l’idée que l’économie est au fondement de l’inégalité matérielle et par conséquent sociale entre les humains. Toute une peinture « sociale », favorisée notamment par l’idéologie communiste, fleurit sur ce concept, portraiturant des travailleurs exploités dans des lieux de travail dégradants. L’économie ainsi représentée ? Une calamité humaine.

Quid enfin de l’économie quand on est artiste plasticien aujourd’hui ? Le point de vue des artistes a maturé, il se défie des caricatures et des simplifications. L’artiste, lucide, pondéré souvent, engagé parfois, entend d’abord témoigner de ce qu’est l’« économie ». Au delà des clichés, il goûte aussi de jouer avec l’économie, en en détournant les principes, outre créer des circuits économiques parallèles, au travers notamment de l’art participatif. L’art, ici, produit une modulation singulière du rapport de l’homme contemporain au matérialisme, il re-matérialise l’économie sous des formes déviées, il nous convie à mieux regarder l’économie réelle. L’artiste fait là la preuve qu’il n’est ni médusé ni dépassé par l’économie, il adopte une position d’acteur, à sa mesure et avec ses propres armes.

Paul Ardenne, commissaire de l’exposition
Barbara Polla, commissaire associée

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