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Ce soir à Genève, 50 JPG avec Jean-Michel Pancin & Pavlos Nikolakopoulos à Analix Forever

mai 31, 2016

Vernissage des 50 JPG dans le quartier de l’art dès 18h, avec une projection extérieure d’une vidéo de Jean-Michel Pancin au 2, rue de Hesse.

Et Pavlos Nikolakopoulos – première exposition de l’artiste grec à Genève.

dès 18h à Analix Forever. Buffet grec. Le vide apparent.

Capture d’écran 2016-05-31 à 10.11.47

Pavlos Nikolakopoulos, artiste engagé s’il en est, a longtemps travaillé dans ce qu’il appelle « la narration dense ». Des œuvres très chargées, voire surchargées. « Je créais délibérément la confusion, disait-il, en utilisant des théories politiques, des slogans, des chansons de la rue pour amener les spectateurs à porter leur regard sur les conflits dont mes images éclairaient l’ampleur. » C’était au tout début des années 2010.

Mais dès 2012, alors que fleurit ce que Nikolakopoulos appelle « le terrorisme de la destruction », l’artiste commence à créer des espaces vides, comme pour permettre davantage de contemplation, tout en poursuivant le même fil de pensée. Et en 2015, alors que le vide matériel se creuse profondément en Grèce jusqu’à ouvrir des espaces entièrement nouveaux, Nikolakopoulos se met à travailler le métal. Immaculé, dur, conceptuel, le métal est aussi l’un des reliquats de l’ère industrielle sur lesquels s’est construit le monde d’aujourd’hui, une trace mnémonique. La densité du métal invite le spectateur à « toucher » l’œuvre de ses yeux, libéré de la narration de l’artiste. La narration fait place à la poétique et tout devient questionnement. « Je veux que l’utopie jamais ne s’arrête » dit l’artiste.

Mais le vide n’étant en principe rien… comment pourrait il, alors, être « apparent » ? Le vide apparent est un vide de « choses », de ces choses dont le capitalisme génère le désir, la production et la « possession » – un désir et une possession « vides ». Les récents événements politiques et économiques dont la Grèce a été le théâtre ont généré un vide de « choses » : portefeuilles vides, caisses vides, armoires vides, besaces vides, pharmacies vides, valises vides. La Grèce est exsangue, certes, vide d’argent, vide d’investissements, vide de capitaux. Mais si le vide de « choses » est indubitable, le vide de la pensée, lui, n’existe pas. Bien au contraire, la pensée et le langage se révèlent en plein. Ainsi en va-t-il de l’œuvre de Pavlos Nikolakopoulos et de son évolution. Pour l’artiste, le langage crée avant tout un espace de pensée. Et si les mots ont disparu de ses œuvres, ils se multiplient dans ses carnets, indispensables compagnons de toujours, et développent le langage silencieux de l’état d’alerte.

Le poète Georges Seféris écrivait, à propos de la guerre de Troie :
Une douleur énorme s’était abattue sur la Grèce.
Tant de corps d’hommes jetés en pâture
À la mer, à la terre vorace ;
Tant d’âmes
Livrées à la meule pour être écrasées
Comme du grain sur du grain. …
Et mon frère ?
O rossignol, rossignol,
Qu’est-ce que le divin ? Qu’est-ce que son contraire ?
Qu’y a-t-il entre les deux ?

Entre les deux, il y a l’incertitude, l’éphémère, le précaire, une violence contrainte. Et dans l’espace-temps « palpitant » de la société grecque de ces années 2010, il semble bien qu’une culture poétique de la simplicité puisse offrir des possibilités inattendues de réappropriation des gestes artistiques comme de ceux du quotidien, et la réinvention d’un rapport à soi, à l’autre et au monde. Athènes d’ailleurs déborde d’initiatives artistiques, poétiques, performatives, intellectuelles : la pensée, la création, la performance et l’écriture sont partout, à la croisée des chemins.
Le vide apparent des œuvres de Nikolakopoulos ne dissimule en rien la violence qui l’habite. Bien au contraire, il la révèle. La violence ? pour l’artiste elle est la réalité. Les lames d’acier inoxydable (23 lames, comme les 23 coups dont Brutus a frappé César) laissent apparaître sur le mur leurs reflets rougeâtres, tels le sang. Une œuvre musicale – le rythme, pensé, ressenti, généré en cours de montage. Comme le rythme d’un Fontana. Face aux lames, un peu en retrait, le bleu du ciel repose sur la lame d’un couteau à cran d’arrêt. Vide apparent, attention danger. La masse blanche, en haut de l’escalier, semble nous toiser, telle une menace – une menace absolue, somptueuse, quoique minimaliste, qui n’est pas sans évoquer Robert Morris, lui qui déjà liait la puissance de l’art à celle de la violence.

« Mon but, dit Nikolakopoulos, est de donner un mirage de légèreté. Un oxymoron. Et une opportunité de se sentir plus humain. ». Toutes ces œuvres nous donnent à voir beyond. Selon Nikolakopoulos, elles donnent à voir l’intangible. L’intangible est à l’horizon : derrière l’œuvre, dans un vide apparent.

Par contraste, l’œuvre blanche à laquelle le spectateur se confronte en entrant dans la galerie semble un miroir. Nul effet de miroir cependant, si ce n’est le bord en acier ; mais le carré happe le regard et amène le spectateur à se regarder lui-même. Le carré, structure symbolique ; référence à Malevitch ; référence aussi, à Bruce Nauman. C’est là que tout se passe, dans le carré, et à ses lisières. Le spectateur est dans l’exposition.

À l’étage, les dessins, qui suivent et précèdent et deviennent ce « presque rien » des plus grands artistes du dessin. « Zeichnen ist weglassen. » Le rouge et le noir, le bleu, le jaune – et le blanc, toujours – Mondrian, Kandinsky parfois, Malevitch encore : l’émotion se révèle, dans un minimalisme formel d’autant plus poignant qu’il est chargé de questionnements politiques lourds de sens. Mais Nikolakopoulos se définit comme un être de matière – qui doit faire de la matière, avec elle, pour en révéler la sensualité. La matérialité sensuelle du papier nous invite d’ailleurs à le toucher. Le dessin ? Une utopie, lui aussi. Les dessins de Nikolakopoulos, à dessein, sont aussi proches de la poésie que peut l’être une forme plastique.

« Mon but, dit l’artiste, est de donner un mirage de légèreté. Un oxymoron. Et une opportunité de se sentir plus humain. » Pavlos Nikolakopoulos : le vide apparent, la violence à fleur de peau.

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