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Maybe something happened, Danni Orci à l’espace Kugler

septembre 7, 2016

Du 3 au 18 septembre 2016

Ouvert jeudi, vendredi et samedi du 17h à 20h

et sur rendez-vous team@espacekugler.ch et danni.orci@yahoo.com

19, avenue de la Jonction – 1205 Genève

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Danni Orci s’est longtemps concentrée sur le corps, cette « étrange machine » – « la première manifestation de l’existence humaine se révèle dans les profondeurs tissulaires de la chair » écrit Jean-Philippe Rossignol à son propos –, et sur l’exploration d’une architecture mêlant corps humain et corps urbain. Mais voici que peut-être, quelque chose s’est passé, quelque chose que Danni Orci semble ignorer encore, mais qui l’amène à en explorer la trace avec constance et exigence. Il s’agit désormais pour l’artiste de photographier les traces de ce qui a été, ce qui a disparu mais a laissé derrière soi une empreinte, une marque, une blessure, de la poussière.

La première image de cette série est celle de seaweed « pris » dans une barrière de fil de fer barbelé. C’est là que tout a commencé : à travers la barrière qui « prend », qui retient, qui empêche, qui emprisonne. À partir de cette première « évidence », Danni Orci s’immerge dans des mises en scène et nous conduit, entre réalité et fiction, à partager ses angoisses. La superposition d’images, classique déjà chez Danni Orci, se précise ici et devient une manière de nous donner à voir l’invisible, d’amener le soupçon dans le champ de l’évidence, l’imaginaire dans celui de la réalité. La photographie n’est-elle pas toujours une exploration des limites entre réalité et imaginaire ?

Peut-être que quelque chose s’est vraiment passé, mais nous restons là, devant les images troublantes de la photographe, avec la nostalgie de savoir ce qui s’est « réellement » passé. « Nous sommes tous capables de tuer, de commettre crimes et meurtres, et nous souffrons tous en secret du désir suffoquant, primal, de tuer, dit la photographe. Peut-être que la liberté, c’est aussi de commettre ces crimes tant désirés. Mais la plupart d’entre nous trouvent leur plaisir dans le fait de regarder les crimes des autres, ceux que nous rêvons de commettre – puis d’emprisonner les criminels. Mes images cherchent à offrir ce plaisir-là. » Chaque image prise isolément raconte au spectateur un lambeau d’histoire, une fiction esquissée, mais toutes ensembles fonctionnent comme un puzzle et à l’espace kugler elles seront exposées toutes ensemble, comme un mur d’évidences dans un commissariat de police.

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De l’exploration des traces à la construction d’une évidence, le travail de Danni Orci est fait d’intuitions successives qui apparaissent comme des spots lumineux en plein regard du détective-photographe – puis de celui du spectateur. L’imaginaire en action intervient dans la réalité, la modifie, les traces deviennent indices, l’emprisonnement proche, sensation quasi palpable, les visages se couvrent de la poussière du temps – une poussière réminiscente des premiers travaux de Danni Orci sur le corps mais plus profonde ici, une poussière qui laisse désormais une trace intérieure.

Danni Orci explore avec une grande efficacité la transformation du trouble en séduction : l’esthétique est là, derrière la barrière, une esthétique de l’emprisonnement, un oxymoron de liberté enfermée, enfermée dans les images et librement servie à notre regard. L’emprisonnement d’ailleurs, chez Danni Orci, semble consenti, comme l’on consent à se laisser prendre par un amant plus puissant que soi-même parce que plus désiré.

À la limite entre désir et consentement, Danni Orci mène l’enquête.

Barbara Polla

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