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Chemins de liberté et miroirs de vérité, à découvrir jusqu’au 13 Janvier 2018

décembre 19, 2017

HARD CORE, solo show d’Abdul Rahman Katanani, jusqu’au 13 Janvier 2018 @Galerie Magda Danysz, 78 rue Amelot

©Abdul Rahman Katanani

A quelques rues, la porte de la galerie Magda Danysz s’ouvre sur une installation. De chaque côté de la pièce, se dresse un patchwork de tôles et de matériaux divers. Le passage central devient plus étroit à mesure que le visiteur l’emprunte. Les parois de bric et de broc se transforment en miroirs qui reflètent la structure à l’infini. Abdul Rahman Katanani nous plonge dans l’architecture de son enfance, celle du camp de réfugiés palestiniens où il est né. Dans le quartier de Sabra, à Beyrouth, au Liban. Quel enfant étiez-vous ? « Un enfant qui joue beaucoup ! Je me rappelle de tous les jeux. Des cris. Nous nous amusions. C’était la première étape vers la liberté. » La liberté ? Mais quelle idée peut-on s’en faire quand on naît dans un camp ? Y pense-t-on seulement ? La nécessité est ailleurs : « La priorité était de se nourrir. Nous étions bloqués, sans possibilité de travailler. » Dès l’adolescence, Abdul Rahman Katanani s’engage. Il dessine au crayon des caricatures sur du papier qu’il affiche sur un mur du camp. Il trouve dans cette résistance un moyen d’exprimer ses idées, d’exister tout simplement. Le sujet des réfugiés palestiniens au Liban est délicat, voire tabou. L’art peut dire là où le silence règne. « Je dessinais pour changer les choses. Toujours contre l’occupation, la corruption, les frontières. » Mais l’exercice est dangereux et ne comble pas l’artiste. Il est limité et reste circonscrit à un acte enfermé dans la critique. Lui, veut faire pousser, montrer un chemin plus ouvert, un peu plus international. Voilà ce qu’il dit à son ami, son frère, Nicolas Etchenagucia : « Adolescent, j’étais énervé et révolté, j’avais envie de tout casser. L’art a été pour moi un moyen de résister sans que la violence prenne le dessus, tout en tenant éloignées les menaces des groupes politico-militaires qui ne comprenaient plus ce que je faisais (1).  »  Naissent alors des collages et des installations réalisées avec des matériaux collectés dans les camps où l’apprentissage du recyclage est une obligation. Soutenu par sa famille, il entre aux Beaux-Arts, à Beyrouth, où il découvre l’histoire de l’art occidental. S’il s’intéresse aux différentes écoles, son instinct le pousse vers la matière. « J’aime travailler physiquement le bois, le métal. »

Installation signée Abdul Rahman Katanani, 2017.

A l’étage, de petits oliviers aux branches acérées sidèrent. Travaillés à mains nues, les fils barbelés conquièrent l’espace. L’artiste parfois se blesse, mais ce combat délicat est pour lui comme une « discussion avec l’arbre ». Toutes les pièces ont été travaillées en France lors d’une résidence d’artiste à Vent des Forêts, dans la Meuse. Abdul Rahman Katanani a tenté de faire venir du bois d’olivier de Palestine, mais il n’a pas obtenu la permission. Au plafond, une tempête se déchaîne. Impossible de s’attarder sur la prouesse technique – plus d’un kilomètre de fils barbelés pour un poids de 100 kg –, tant seul le mouvement compte. Emporté par ce flux ascendant, le regard tourbillonne et s’abîme dans la contemplation. Le phénomène emmène tout sur son passage. « Cette tornade m’évoque la joie nietzschéenne, celle qui va bien au-delà du bonheur, qui inclut l’entièreté de la vie, y compris la mort, qui dans le mouvement parle de joie. C’est un chef-d’œuvre tant par sa physique, sa beauté plastique et sa réalisation, que par ce qu’elle signifie », s’enthousiasme Barbara Polla, qui vient tout juste d’en faire un poème. Dans l’entretien que l’artiste a eu avec Nicolas Etchenagucia, il raconte aussi que le mouvement est « une forme de nomadisme », que les réfugiés ne savent jamais ni quand ils arrivent, ni quand ils repartent. Même si pour ceux qu’ils côtoient la situation est temporaire depuis 70 ans. A la question : « Qu’est-ce que l’art pour toi ? », l’artiste répond : « C’est d’abord un plaisir, une forme de jouissance nécessaire. C’est un moyen d’être libre. Cela me permet de sortir physiquement du Liban et, dans un avenir proche, de faire sortir ma famille. »

Au sous-sol de la galerie, des troncs d’arbres arborent des champignons barbelés. Le métal semble blesser l’écorce. Tandis que dans la forêt meusienne, le chêne choisi par l’artiste accepte l’offrande de fer. Une connivence s’établit et à l’heure où ces mots s’alignent sur l’écran de l’ordinateur, la mousse recouvre doucement, mais avec ténacité, le matériau forgé par la main de l’homme. Ouvrir le dialogue. Permettre un geste vers l’autre. Quel que soit cet autre. Désormais, l’art d’Abdul Rahman Katanani n’engage plus à la protestation, mais à la compréhension et à l’ouverture. « Mon idée était, et est toujours, de donner aux personnes que je côtoie de loin ou de près le pouvoir de sortir, la possibilité de s’affranchir du contrôle permanent et je ne pense pas que la politique soit la solution, mais l’éducation, la culture et l’art, peut-être… ».

 Marie-Laure Desjardins

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