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« Nous n’avons à opposer à la mort et à la destruction que cette pulsion de vie, si forte, qui nous maintient »

août 9, 2020

« Nous n’avons à opposer à la mort et à la destruction que cette pulsion de vie, si forte, qui nous maintient »

Ce sont Joana Hadjithomas et Khalil Joreige qui parlent, en 2012, avec Quentin Mével, à propos de leur film Je veux voir.

Profondément émue par ce qui arrive au Liban et, entre autres, à Joana Hadjithomas, Khalil Joreige et leurs enfants (qui ont vu comme tant d’autres libanais leur appartement détruit, mais aussi leur atelier et leurs œuvres irrécupérables, qui ont vécu, surtout, l’angoisse d’avoir perdu Joana, par miracle saine et sauve) je me suis replongée dans la lecture du Cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, de Quentin Mével, et plus spécifiquement dans le chapitre consacré à Je veux voir, espérant y trouver, peut-être, quelques pistes de survie, à l’épouvante, à la mort (je viens d’apprendre le décès, parmi tant d’autres, d’un proche collaborateur de Saleh Barakat, qui était comme un frère pour Abdul Rahman Katanani) et à la destruction.

Les mots ci dessous sont des extraits de ce livre, des paroles de Joana et Khalil, qui résonnent étrangement aux lendemains de la destruction de Beyrouth, suite à ce qui m’apparaît aujourd’hui comme un vaste homicide par négligence.

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige se reprojettent en 2006 : « La guerre éclate, une guerre d’une rare violence. Le pays est bombardé de façon incroyable. Des endroits sont rasés, totalement détruits. Nous étions à vif. On est allés sur les lieux : hallucinés devant le degré de destruction. Fallait-il filmer ou pas ? Que pouvions nous faire ? Comment témoigner ? »

Le film cherche cela aussi : regagner du terrain, là où la violence a tout détruit. Quand le poids du réel est trop important, la fiction peut-elle réapparaître à nouveau ? Voilà le type de question qui nous occupait. La question pour nous était : que peut-on montrer ? Nous étions sur une brèche, celle de la catastrophe. Nous avions besoin d’Histoire. »

Le besoin de dire, d’échanger des images sur les réseaux sociaux, de se parler, de témoigner, répond à cette nécessité de dire l’horreur du monde, chacun à notre manière, pour la rendre à tout le moins compréhensible, dicible, regardable. Moi qui propose en ce moment même dans ma galerie Analix Forever une exposition sur la guerre en Syrie, dans l’idée, dans l’espoir ultramince de pouvoir donner cette guerre à penser au monde et de contribuer ainsi à sa fin, je suis particulièrement sensibilisée par les artistes de cette exposition à la nécessité du témoignage. Et comme le dit Frédéric Detue dans Fiction vs témoignage (Acta Fabula, 2012, 14, 5) : « Loin de s’opposer au témoignage, la fiction peut le relayer ; la fiction étant le mode du récit qui convient le mieux à l’expression de la hantise. »

Pour l’instant, nous sommes tous hantés.

Hala Ezzedine

© Hala Ezzedine

Le dessin ci-dessus, qui me semble refléter cette hantise, est de Hala Ezzedine, une autre artiste de Beyrouth, qui devait venir en résidence à Analix Forever. Bientôt, je l’espère, ce sera possible.

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