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Klavdij Sluban sur l’Oeil de la Photographie aujourd’hui

décembre 4, 2019

L’une des 48 photographies de détenus présentées dans l’exposition « libres » © Klavdij Sluban

Klavdij Sluban, Leica en bandoulière, pellicule blanc et noir, “raconte” les “Est” à qui sait qu’il en existe toujours un, voire plus. A savoir des zones de haine. D’où ses photographies réalisées lors de voyages transsibériens en Chine, en Mongolie, en Russie. L’artiste s’est déplacé dans ce “Far Est” en quête d’êtres vivants, animaux en fuite ou humains coincés dans une immensité oppressante et un silence infini toujours perceptible dans un travail fait pour brouiller les cartes. Tout semble sortir de l’ombre. Le neige elle-même est presque noire. Refusant une vitesse d’exposition rapide Klavdij Sluban laisse un temps de pause long sur le diaphragme fermé afin que le silence lui-même nimbe et opiace la prise. L’immobile devient ce qu’Erri De Luca nomme “l’état de grâce du moment messianique” là où tout semble se fermer et finir.

À Yverdon, l’exposition « libres » (commissaires Barbara Polla et Karine Tissot) présente 48 photographies de la série « Entre Parenthèses ». Le « regard sur les détenus » de Klavdij Sluban devient le regard des détenus. Le photographe contraint le regard du spectateur à plonger dans celui des détenus, comme dans ce portrait iconique (Nievil, Russie, 1998) : un jeune homme nous regarde, un homme encore jeune, un homme sans âge ou plutôt qui condense tous les âges de la vie. Il n’est pas de face, il se retourne à moitié pour se montrer à nous, pour nous donner à voir son regard sur la vie, pour nous donner les images qui sont les siennes, au fond de ses yeux, dans son cerveau, pour échanger son regard avec le nôtre, sa vision du monde avec la nôtre. À l’ouest comme à l’est.

Jean-Paul Gavard-Perret

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mounir fatmi / Keeping Faith, Keeping Drawing / Geneva, Nice

novembre 27, 2019

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mounir fatmi

KEEPING FAITH, KEEPING DRAWING

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Openings Friday November 29th, 6-10pm
Saturday November 30, noon-8pm
Sunday December 1, 11am-5pm (brunch)
curator: Barbara Polla
Analix Forever
10 rue du Gothard, Geneva, Switzerland

Les dessins de mounir fatmi, s’ils restent encore confidentiels, sont fondateurs. Car si l’artiste est connu et largement reconnu pour ses grandes installations, ses sculptures et désormais aussi pour ses vidéos et ses photographies, il dessine depuis toujours. Non seulement il dessine depuis toujours – certains dessins datent de 1995, 1996 et si l’artiste, souvent saisi par l’autocritique, en a éliminé un grand nombre – mais ceux qui restent, particulièrement précieux, nous parlent des thèmes fondamentaux du travail de mounir fatmi : les ciseaux, la coupure, celle du cordon ombilical, de la langue et du langage ; l’amputation, la rupture culturelle, la nécessité de refaire lien pour survivre ; la greffe enfin, physique, corporelle, culturelle. fatmi : « On y trouvera un corps mutilé, composé, recomposé, comme une apparition ; un corps sans jambe, une jambe dans un autre dessin, et un cordon ombilical qui relie les corps ; beaucoup de détails que l’on retrouve dans mes vidéos. »

L’association des trois couleurs rouge, blanc et noir est typique du dessin de mounir fatmi et tend à former un code chromatique à la fois symbolique et émotionnel. Rouge : le lien ; blanc : l’oubli ; noir : l’espoir de donner une forme au moins provisoire à des apparitions graphiques instables et fragiles, parfois proches de l’évanescence : ainsi, dans Animation (une série de dessins initiée en 1998), de fines silhouettes de cigognes migratoires et divers noms de pays se superposent à des séries de courbes et de boucles telles des câbles ou des cordons ombilicaux. Rouge, blanc et noir.
Depuis 2015, fatmi reprend une activité intense de dessin, autour de certains de ses thèmes de travail essentiels : la migration, l’exil, l’identité, le corps, notamment avec la série L’Île des racines. Les séries Tout est connecté et White Matter sont également des matérialisations des obsessions de fatmi : la fragilité, les liens, les connexions, notre cerveau… la matière blanche transmet les impulsions nerveuses et propage des informations dans le système nerveux ; la myéline qui entoure les axones est responsable de la conduction rapide du signal électrique. White matter fait déjà l’objet d’un livre : le livre, si fragile, si multiple, lui aussi fondamental pour mounir fatmi et qui transmet les informations depuis qu’existe l’histoire humains.
Le dessin est la base de tout, affirmait Giacometti ; fatmi, lui, nous dit que le lien est la base du dessin, ce lien qui perpétue l’espoir, grâce au crayon.

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mounir fatmi’s drawings might still remain confidential, they are nonetheless fundamental. The artist is widely renowned for his large-scale installations, his sculptures and now also for his videos and photographs, but he has always been drawing. Not only that – some of his drawing date back to 1995 and 1996, but the artist, often critical of his own work, has discarded many of them – the ones that remain, therefore particularly precious, touch upon the fundamental themes in Mounir Fatmi’s work: scissors, cutting, whether of the umbilical cord or of the tongue and language; amputation, cultural rupture, the necessity to create new connections in order to survive; and finally transplants, whether physical, bodily or cultural. Fatmi says: “You will find in there a mutilated and recomposed body, like an apparition; a body with no legs, a leg found in another drawing and an umbilical cord that connects bodies; and many details that can be found in my videos.”
The combination of the three colors red, white and black is typical of mounir fatmi’s drawings. They tend to form a chromatic code both symbolic and emotional. Red: the link; white: forgetfulness; black: the hope of giving an at least temporary form to unstable and fragile graphic appearances, sometimes close to evanescence: thus, in Animation (a series of drawings initiated in 1998), fine silhouettes of migratory storks and various names of countries are superimposed on series of curves and loops such as cables or umbilical cords. Red, white and black.
Since 2015, fatmi has been considering drawing as an intense activity that develops itself around its essential work themes: migration, exile, identity, the body, in particular with the series The Island Of Roots. The series All Connected and White Matter are also materializations of fatmi obsessions: fragility, links, connections, our brain … white matter transmits nerve impulses and spreads information in the nervous system; the myelin surrounding the axons is responsible for the rapid conduction of the electrical signal. White matter is already the subject of a book: the book, so fragile, so multiple, also fundamental to mounir fatmi and which transmits information since human history exists.
Drawing is the basis of everything, Giacometti asserted; fatmi tells us that the link is the basis of the drawing, this link that perpetuates faith, thanks to the pencil.

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OVNI FESTIVAL, CAMERA CAMERA
solo mounir fatmi
Opening Friday November 29, 6-9pm — exhibition
19-20 November, 1-7pm
Hotel Windsor, Nice

Pour CAMERA CAMERA 2019, ANALIX FOREVER propose un solo de mounir fatmi, en réunissant sculptures et vidéos, pensé pour investir la chambre conçue par Samta Benyahia autours de sa fameuse rosace.
Dans leurs pratiques respectives, les deux artistes interrogent l’orient et l’occident en révélant l’ailleurs de l’autre.
D’où vient le vent aborde les thèmes des migrations et de l’exil et interroge tous les types de déplacements des origines de l’humanité à nos jours : transports commerciaux et touristiques, expatriation de travailleurs, mouvements de réfugiés politiques provoqués par les guerres. En lien avec le cinquantième film de l’artiste inspiré des Désastres de la Guerre de Goya et en particulier de Nada (estampe 69) qui donne le titre au film et suggère donc qu’il n’y a rien – rien après la mort, s’entend – Nada (le film de mounir fatmi, 2015-2016) est tout sauf nihiliste. Il magnifie l’être bien plus que le rien. Rien après la mort ? Tout de notre vivant. mounir fatmi est en réalité un existentialiste. Et en écho, avec l’oeuvre vidéo Les Egarés, seront exposées dans la chambre des sculptures de l’artiste marocain : Maximum Sensation, une installation de mounir fatmi, où le Moyen-Orient rencontre l’Occident, à travers un ensemble de skateboards disposé au sol, créant une impression florale étonnante. Et Civilization, où la rencontre d’une paire de chaussure en cuir lustré et d’un livre devient révélatrice de la civilisation des moeurs d’un peuple.

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For CAMERA CAMERA 2019, ANALIX FOREVER conceived a solo of mounir fatmi, combining sculptures and videos, designed to invest the room designed by Samta Benyahia around her famous window.
In their respective practices, the two artists question the East and the West by revealing the elsewhere of the other.
Where does the wind come from, the themes of migration and exile and questions all types of displacement from the origins of humanity to the present day: commercial and tourist transport, expatriation of workers, movements of political refugees caused by wars. The second film shown is inspired by the Disasters of war by Goya, pparticularly by Nada (estampe 69) from which it got its title. The work suggests that there is nothing – nothing after death – Nada (mounir fatmi’s film, 2015-2016) is not nihilist. The film empowers life rather than death. Nothing after our death ? Everything when we were alive. mounir fatmi is in fact an existentialist.In echo, with the video work Les Egarés, will be exhibited the sculptures: Maximum Sensation, an installation where the Middle East meets the West, through a set of skateboards arranged on the ground, creating an amazing floral impression. And Civilization, where the meeting of a pair of shiny leather shoes and a book reveal a civilization’s beliefs.

Les œuvres « cachées » de mounir fatmi

novembre 26, 2019

Keeping Faith, Keeping Drawing », Analix Forever,10 rue du Gothard, Genève, Novembre 2019.

Barbara Polla a présenté la première exposition solo de mounir fatmi à Genève en 2011 déjà : essentiellement des vidéos. Elle a réitéré en 2018 avec « This is my Body »  : 50 vidéos de l’artiste sur 50 écrans dans un espace unique, un projet présenté grâce à la complicité de Barth Johnson. Mais surtout, elle montre depuis longtemps les dessins de l’artiste, qu’elle estime particulièrement importants. « Keeping Faith, keeping drawing »  est cette fois ci la première exposition de mounir fatmi qui propose un ensemble de ses dessins, de 1999 à 2019.   Ils rappellent les thèmes fondamentaux de son oeuvre :  coupures, amputations, greffes et ré-enracinements ramènent à son expérience personnelle de l’exil : « On y trouvera un corps mutilé, composé, recomposé, comme une apparition ; un corps sans jambe, une jambe dans un autre dessin, et un cordon ombilical qui relie les corps ; beaucoup de détails que l’on retrouve dans mes vidéos. » écrit le créateur.

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L’artiste cultive un certain abrupt. Et la précision qu’une telle œuvre  est supposée offrir, cache les profondeurs ou les abîmes de l’être en perte de repère et en recomposition. Détruisant de diverses manières l’intégralité  humaine, Mounir Fatmi propose ni un rêve de réalité, ni une réalité rêvée mais tout ce qui se cache de nocturne, de secret, de fond sans fond dans l’exilé. Il met ainsi à nu l’espace et celui qui normalement l’habite.Farmi 3.jpgLe dessin permet – dans sa réduction essentielle – une complexification des formes et de leurs structures. C’est donc une forme d’apparition nécessaire qui ne laisse pas indemne puisqu’elle donne accès au surgissement d’une vision que le créateur ne cesse d’explorer. Le monde n’est ni bloqué dans l’évidence, ni enfoui dans le spectral : il s’ouvre, se profile autrement. Il émerge avec plus de relief et d’intensité puisqu’il est découpé dans certaines dimensions d’un art de la vibration qui par ses secousses nous ouvre à l’épaisseur du «si je suis» cher à Beckett. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli. Celui-ci reste une feuille qui se détache d’un arbre et mais que l’arbre n’oublie pas. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte mais une douceur remonte de celle-ci pour des renaissances de prochains printemps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le prix ANALIX FOREVER 2019 du Fresnoy a été attribué à…

novembre 21, 2019

WANG YUYAN  !!

Les Amis de Analix Forever

novembre 20, 2019

47) Merci à Jean-Pierre Carles qui aime Robert Montgomery — la poésie de Robert Montgomery, sa « poélitique » qui sait si bien parler à tous les coeurs ouverts — Jean-Pierre Carles qui aime, aussi, une autre Amie d’Analix Forever. À suivre !

Art et Presse au Château de Penthes dans la Tribune de Genève

novembre 18, 2019

Genève le 25.04.2019, Château de Penthes, visite du montage de l’exposition « Art et presse » © Georges Cabrera

Au Musée des Suisses dans le monde, à Genève, l’exposition «Art et presse, libres échanges» qui invitait à découvrir comment les artistes intègrent journaux et magazines dans leur travail, du début du XXe siècle à nos jours se termine ce jeudi. «Comme pour la majorité des gens, ce rapport art et presse est ambigu, relève Barbara Polla, commissaire adjointe, qui assiste le commissaire Guillaume de Sardes. Il oscille entre admiration, questionnement et remise en cause.»

Au Château de Penthes, une feuille de journal froissée accueillait les derniers visiteurs lors du finissage del’exposition. Exécutée en bronze, la page de journal mesure plus d’un mètre de haut. Une page météo géante du «New York Times», tout aussi chiffonnée, a trouvé sa place dans l’une des salles du musée, au rez-de-chaussée. «En arrivant à Paris, l’artiste chinois Wang Du a été frappé par le flux continu d’informations qu’on y trouve, explique Barbara Polla. Ces œuvres jouent sur le contraste entre le côté éphémère des journaux et la durabilité de leur effet.»

Cette exposition à laquelle la «Tribune de Genève» s’est associée pour ses 140 ans a été l’occasion de commander une vidéo d’art réalisée par Ali Kazma dans le centre d’impression de Bussigny, où se fabrique notamment la «Tribune de Genève». Une succession de très belles images, parfois à la limite de l’abstraction, montre le déroulement du travail nocturne. Juste à côté, une autre vidéo suit les différentes étapes de réalisation d’une calligraphie, avec encre et calame. Deux temporalités, deux manières d’aborder l’écriture, mais toutes deux semblent presque déjà appartenir au passé…

Les Amis de Analix Forever

novembre 14, 2019

46) Merci à Jessica Franck pour son oeil et son soutien auprès de la jeune création internationale, en l’occurence celui apporté à Abdul Rahman Katanani pour ses sculptures d’enfants en tôle ondulée.

Dernier jour pour découvrir le travail de Mimiko @P/CAS

novembre 11, 2019

Mimiko Türkkan @ P/CAS jusqu’à demain

novembre 10, 2019

Off Paris Photo : Solo By Mimiko Türkkan, Face-To-Face With Bodies

novembre 7, 2019

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Off Paris Photo : Solo show
Gözde Mimiko Türkkan

Corps-à-corps avec les corps

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Vernissage Jeudi 7 novembre à partir de 18h
Vendredi 8 novembre : 12h-20h
Samedi, dimanche, lundi 9-10-11 Novembre : 11h-19h
118, Rue de Rivoli, 75001 Paris
Paris Photo OFF

L’entreprise photographique de Gözde Mimiko Türkkan (Turquie, 1984) s’articule autour de deux préoccupations majeures. Donner, d’une part, une image au soi, au moi profond, à travers l’autoportrait, un autoportrait qui entend éviter autant que faire se peut la caricature narcissique, le trop d’estime de soi mis dans l’image. Interroger ce faisant, d’autre part, la question du genre, celui de l’artiste comme sujet féminin, celui aussi de femmes ou d’hommes que cette photographe originaire d’Istanbul, aussi curieuse qu’audacieuse, approche de près et dont elle adopte occasionnellement les pratiques : danseuses nues de clubs pour hommes, boxeurs asiatiques ou encore sa propre grand-mère, à laquelle Türkkan a consacré des centaines de portraits.

Pour lire le texte en entier, merci de cliquer ici

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« Interrogée sur ma pratique, je ne me lasse de citer le photographe japonais Araki qui dit : “Eh bien, c’est un métier délicat. Après tout, vous trahissez les gens en appuyant sur le déclencheur. Vous le faites vraiment. Ce n’est pas tout, mais c’est un aspect du travail du photographe.”

Entretien paru dans la revue Point Contemporain / hors-série Curiosités Contemporaines #2 en octobre 2019.

Gözde Mimiko Türkkan, born in Turkey in 1984, has built a body of photographic work structured around two major ideas. First, creating an image of her inner self through the self-portrait, making self-portraits that aim to avoid being narcissistic caricatures of herself, to avoid too much amour propre in the image; and second, exploring the gender issue, in relation to herself and to the women and men she photographs, from pole dancers in a strip club and Asian boxers — whose activity this curious, brave Istanbul native sometimes even adopts — to her own grandmother, whom Türkkan has photographed hundreds of times.

To read more, please click here.

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Contact and information, please reach barbara.s.polla(a)gmail.com

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