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Le BOX OFFICE de Curtis Santiago, ouvert demain dès 18h

janvier 17, 2018

Lors de la nuit des Quartiers des Bains, Analix Forever vous accueille dès 18h – avec les sanctuaires, dessins de l’artiste Curtis Santiago, et une sélection de vidéos du vidéaste Ali Kazma en VIDEO STREET ART.


Ce n’est pas le premier, et sans doute pas le dernier, article en lien avec la Galerie Analix à Genève sur My Big Geneva. Les artistes qui y sont exposés ont une dimension bien particulière, celle du coeur. Curtis Talwst (parce que tall waist, surnom familial qui décrit la longueur de jambes caractéristique des Santiago de grand-père en petit-fils) et ses sanctuaires, exposés jusqu’à mi février, fait partie des artistes engagés, ceux qui vous remuent profondément. Grâce à Barbara Polla, rencontre de Curtis autour d’une table au Remor.

History Box Office

Pour une première présentation de son travail en Europe, les miniatures présentées sont comme autant d’histoires qui font vibrer vos émotions par le biais de vos yeux. Vous devrez vous approchez (plus près ne soyez pas si timides), car la taille des œuvres vous invite au tête à tête intime. Rencontre nez à nez, confronté avec l’œuvre et ce qu’elle réveillera en vous. L’une d’elle, mise en scène de brutalité policière sur fond de drapeau américain, le cheval de Guernica en guise de victime au volant d’une voiture, me parle particulièrement. Comme une forte résonance avec le documentaire de Raoul Peck sur James Baldwin, “I’m not your Negro” présentée lors du dernier Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) à Genève.

“Je fais de l’art parce que j’en ai besoin, mais aussi pour que les histoires racontées ne soient oubliées ou mises de côté”. Les boîtes de Talwst sont comme des petites boîtes à bijoux. Les perles qui s’y cachent parlent de notre (in-)humanité : thèmes historiques, soumission de classe, de sexe ou de race, condition des réfugiés…

Dans ses multiples vies, Curtis était musicien, chanteur dans un groupe…, mais il y a 6 ans, il décide de se consacrer à l’art visuel uniquement. Les débuts sont durs, sans reconnaissance, un véritable challenge. Mais sa voie est tracée, depuis que jeune déjà, Talwst rencontre le travail de Jean-Michel Basquiat. Le lien fort ressenti se confirme par la suite au travers de plusieurs instants, comme un chemin parsemé d’étoiles. Petit à petit, les musées s’intéressent à son travail, car les histoires qu’il raconte touchent juste. Et on lui demande une performance en ouverture d’une exposition sur Basquiat. Un soir il dîne aux côtés de Suzanne Mallouk, ex-compagne de l’artiste. Curtis lui montre la pièce nommée “Sad Boy”, elle pleure en lui expliquant que c’est exactement ainsi que se sentait Jean-Michel. Quatre mois plus tôt, Talwst se trouve devant un tableau du peintre et invoque son aide, son soutien… Ce genre de moments et la rencontre de proches de Basquiat, sont autant de validation de cette connexion. Les peintures de Talwst s’imprègnent de cet art pour mieux s’en affranchir et trouver sa propre voie ensuite.

Comme il est difficile de dire non à Barbara, après toutes ces années sans chanter en public, cerise sur le gâteau, nous avons eu droit à quelques instants suspendus dans le temps au Remor…

Photographie © theNMH
History Box Office
Exposition jusqu’au 14 février 2018
Galerie Analix Forever
Rue de Hesse 2, 1205 Genève
Mar à ven 14h à 19h & sur rendez-vous
+41223291709

En savoir plus sur l’exposition notamment sur TRAJECTOIRE

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Archivox – Vocal performance tomorrow by Violaine Lochu in resonance with the exhibition by Ali Kazma

janvier 15, 2018

Tuesday, January 16 2018 at 8 pm, Jeu De Paume, Concorde, Paris

Machine, wind, bird, watch, telephone, insect – working with sounds in her sound library and in the videos of Ali Kazma, Violaine Lochu lists, classifies and orders a set of non-human sounds in an immense map-cum-score. Reactivating these archives with her own voice, she engages in an exercise of hybridisation which interrogates the relation between the human being and their environment and perverts a number of traditional dualisms, such as nature/culture, man/animal, living being/machine, etc. Occupying the Jeu de Paume exhibition space, this vocal performance will interact freely with the videos of Ali Kazma in a play of echoes, ricochets, interconnection and dissonance.

For more information, please click here.


And during the show HISTORY BOX OFFICE by Curtis Santiago at Analix Forever (2 rue de Hesse, Geneva), Ali Kazma‘s videos are show as VIDEO STREET ART Calligraphy, Home, L’atelier Sarkis, Prison & Safe

Venez fêter Abdul Rahman Katanani avec Wael Alkak et son bouzouk

janvier 9, 2018

Finissage de l’exposition HARD CORE, d’Abdul Rahman Katanani avec des nouveaux dessins – samedi 13 Janvier 2018, à 17h

GALERIE MAGDA DANYSZ, 78 rue Amelot, Paris

Et avec un live du musicien Wael Alkak

Abdul Rahman Katanani se joue des barbelés

Quand on naît dans le camp palestinien de ­Sabra, à Beyrouth, la vie n’est pas pavée de roses mais de fils barbelés. Sans surprises, ils forment le matériau privilégié d’Abdul Rahman Katanani, qui expose jusqu’au 13 janvier à la Galerie Magda Danysz, à Paris.

Avec son mètre quatre-vingt-dix déplié et son doux sourire, l’artiste trentenaire balaie les clichés misérabilistes. « Le dimanche, tous les Libanais viennent ici pour le marché », lance-t-il en pointant du doigt les étals remplis de fruits et légumes bon marché. Le camp ressemble à beaucoup de quartiers populaires de Beyrouth. Les ruelles encombrées vivent au rythme des klaxons. Dans l’immeuble où il habite depuis sa naissance, se sont agrégées une centaine de familles dont, récemment, beaucoup de réfugiés syriens. Les fils électriques forment des pelotes inextricables, tandis que des tombereaux d’immondices jetées par les fenêtres s’accumulent dans la cour commune. ­Katanani refuse de noircir le ­tableau : « Avant, il y avait quatre toilettes pour vingt familles, depuis dix ans, chacune a les siennes. » Son atelier se résume à trente mètres carrés de patchwork de carreaux de récupération. Au mur, une grande clé, celle de la maison de son grand-père à Jaffa. Dans la famille Katanani, on est à mille lieues de l’art. Ancien militant de l’OLP, son père gagne sa vie comme menuisier. Abdul Rahman, lui, a le dessin dans le sang. De l’âge de 15 ans à 22 ans, il multiplie caricatures et graffitis. Sa cible ? La corruption généralisée dans le camp et les détournements des subsides des Nations unies.

 « Les enfants sont plus libres »

Autant dire que ses sujets déplaisent aux caciques. « Même les ONG, que font-elles ? s’emporte-t-il. Elles occupent les enfants, mais elles ne les éduquent pas. » Or l’éducation est capitale aux yeux de son père, qui le pousse à faire des études supérieures. Le jeune homme s’inscrit à l’université de Beyrouth, section beaux-arts, remporte le prestigieux Prix Sursock et décroche une résidence à la Cité des arts, à Paris.

Ses matériaux, il les puise dans son environnement immédiat. Pas de peinture, impossible à trouver dans les camps, mais des bidons, fils barbelés et tôles ondulées dans lesquelles il découpe au chalumeau silhouettes enfantines et scènes de jeu poétiques et cruelles, que s’arrache la bonne bourgeoisie arabe. « Le fil barbelé, c’est l’enfermement, la frontière qu’on n’ose franchir. Les enfants eux ne sont pas paralysés, ils sont plus libres que moi, capables de se créer une autre réalité, dit-il. Ils peuvent imaginer qu’ils sont dans un stade énorme même s’ils font du foot avec un sac-poubelle ou qu’ils jouent à la corde avec un fil électrique. » Son travail est passé à un stade plus monumental, avec cette tornade de fils barbelés qui colonise la Galerie Danysz.

« Dans les camps de réfugiés, rien ne change, explique-t-il. Tout se répète d’une génération à une autre. Pour moi, la cause palestinienne n’est pas un cercle fermé mais un tourbillon qui ramasse les joies, les rêves, l’énergie, les gens et tournoie vers l’inconnu. » Mais, précise-t-il, pour éviter toute méprise : « Je fais de l’art, je ne ­défends pas une cause politique. »

Il dit croire « dans la démocratie », accepter l’idée d’Israël, « mais que les millions de Palestiniens puissent revenir et que Jérusalem soit à tout le monde ». La ­reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël lui fait craindre le pire. « C’est un aiguillon des extrêmes, israéliens ou arabes, regrette-t-il. Et je pense que les extrêmes ne sont pas un bon chemin. »

Ses matériaux, il les puise dans son environnement immédiat. Bbidons, fils barbelés et tôles ondulées

En attendant de fouler un jour la terre de ses aïeux, Katanani construit une grande maison familiale à Chouf, dans la montagne, au sud de Beyrouth. « Mes parents ont déménagé cinq fois à cause de la guerre. Je voulais une maison pour ma famille », justifie-t-il. Mais l’artiste se verrait bien travailler ailleurs, refusant d’être pieds et poings liés à une cause, un médium, ou à toute autre fatalité.

En savoir plus sur l’article de Roxana Azimi, dans Le Monde.

Et pour en lire plus sur HARD CORE dans la presse : L’Humanité, Arts Hebdo Médias, Le Point Contemporain et mowwgli.

 

Ali Kazma, from Jeu de Paume to Video Street Art, from ESTE ARTE to ArtPress

janvier 9, 2018

For ESTE ARTE 2018Analix Forever proposes a video project based on the concept of space, the video screen by itself being a specific space, a specific environment where artist Ali Kazma unfolds his own vision of space. One of his latest video (Mine, 2017), produced by Jeu de Paume, traces a historic and political line. Shot in the Atacama Desert, Chile, the work presents the ruins of a nitrate mine that ceased to function in the late 1930s and, in the 1970s, became a concentration camp for workers, lawyers, artists and writers under the Pinochet regime. With Safe (2015), shot in the Svalbard Islands, close to the North Pole, Kazma explores space in a more territorial sense. A rectangular concrete construction protrudes out of the immaculate, windy, snow-covered mountain. Moving from this environment to the inner spaces of the building, the frozen inner walls, shelves and metallic labelled boxes are all elements that give a small insight into the building’s purpose: the preservation of hundreds of thousands of species of seeds. Safe prompts the viewer to question himself : what is the role of humanity in the rapid evolution of nature ?


SUBTERRANEAN, by Ali Kazma is at Jeu de Paume until January 21

This show brings together videos made from 2006 to the present, including two specially produced for this exhibition. Of varied lengths, although mostly fairly brief (three-five minutes rarely more), they are organized into two open-ended, ongoing ensembles, Obstructions and, starting in 2012, Resistances.

Each is about a specific human activity, or a state of a body submitted to a particular form of constraint, and the mechanisms and territories where this constraint is exercised. We witness practices that require a high level of manual dexterity (neurosurgery, tattoo artistry, calligraphy, archeology) as well as industrial operations (a car factory, a steel mill) and often territories that invite inquiry as to what is hidden within them and the enigmas they constitute (North, Tea Time for example, and Safe a vault where samples of all the world’s food crop seeds are conserved to guard against extinction.

This list is in no way exhaustive. Like a hypersensitive seismograph, this artist records diverse activities or their traces alternating wide-angle shots and detailed close-ups. Sometimes the result seems close to documentary realism. At other times it remains enigmatic. We find ourselves looking at an incredibly intense image, the product of hundreds of hours of filming that invites us to interrogate the real subject of these explorations: the body and its mysteries, the traces it bears and its territorial markings and, in the end, the supreme enigma, the traces of time, the strata that simultaneously constitute and reveal it. This show plays with analogies and conjunctions. Themes seem to emerge, such as work done by skilled hands, as well as spaces and territories, like a former Nato military base, abandoned but left intact; and a former nitrate mine in Chile’s Atacama Desert, used as a prison camp under the military dictatorship. Kazma emphasizes the concept of moderation. The point, he says, is « to leave the world open, to not say everything, to preserve spaces for reflection, contemplation and participation ». But this moderation can only exist if the artist is capable of complete mastery in making these pieces, simultaneously very precise and apparently stripped of all emotion, while in reality vibrant with a contained intensity. Here images are « framed » by black bands of varying dimensions that reconfigure the space around them and give the ensemble a powerful feeling of fluidity. Thus the connections between the videos are clarified, and something of the enigma is maintained. Perhaps what finally predominates is the figure of the historian/archeologist, because the traces so patiently brought to light reveal the future as well as our past

Text by Régis Durand – Translation L-S Torgoff


And during the show HISTORY BOX OFFICE by Curtis Santiago at Analix Forever (2 rue de Hesse, Geneva), Ali Kazma‘s videos are show as VIDEO STREET ART : Calligraphy, Home, L’atelier Sarkis, Prison & Safe

 

 

Lost endless spaces in Punta Del Este, Uruguay

janvier 7, 2018

For ESTE ARTE 2018Analix Forever proposes a video project based on the concept of space, the video screen by itself being a specific space, a specific environment where artists unfold there own vision of space : Frank Smith, Mario Rizzi and Jean-Michel Pancin are for instance exploring various aspects of what we can call lost endless spaces.

Frank Smith presents the THE FILM FROM OUTSIDE (which is part of the Hors Pistes Festival at Centre Pompidou in early 2018) and continues his visual and textual exploration of Isle Jean Charles’ current story. After the publication of Katrina, Isle de Jean Charles, Louisiane (Éditions de l’Attente, 2013), Le Film du Dehors (The Film from Outside) seeks to define this precarious territory on the edge of abandonment and disappearance, with its fragments of wrecks, its rusted sheet metal, and its crumbling cleats between azure and tarmac, following the rhythm to and from along Island Road.

Al Intithar is the first film of the trilogy BAYT (HOME) by Mario Rizzi. Its concept is inspired by Anthony Shadid’s House of Stone, where he writes that «in the Middle East, bayt is sacred. Empires fall. Nations topple. Borders may shift. Old loyalties may dissolve or be altered. Home, whether it be structure or familiar ground, is finally the identity that does not fade.» However, in Al Intithar home is no longer a rooted existence or a solid place for the female protagonist but instead becomes a tent, having been forced to flee Syria to Zaatari, the refugee camp in the Jordanian desert. The film, which presents itself as an excerpt, follows her life throughout a period of seven weeks, translating the tragic macrocosm of the Syrian war to the intimate microcosm of a relentless woman and her three children.

A constant running throughout Jean-Michel Pancin’s practice is his way of dealing with “the Other” (subject) and “the other” (object), two concepts which are as ambiguous as they are intriguing, both alluding to otherness, that is to say, to difference. The video Speedway presented at ESTE ARTE is a product of Pancin’s residency in Wendover, Utah. There the artist carried out geographical and social research across various media including photography and writing. The film shows a single path, a road, with neither the vehicle nor its driver appearing in the frame, thus instantly conveying to the spectator the feeling that he or she is in the driving seat of a journey through a hypnotic landscape that seems to have no boundaries and no end.

IN 2018, SPACES BRING PEOPLE TOGETHER

janvier 6, 2018

« ESTE ARTE », Punta del Este, Uruguay

January 7-9, 2018
Punta del Este Convention and Exhibition Center

Av. Pedragosa Sierra esq. Aparicio Saravia, Punta del Este

SPACES BRING PEOPLE TOGETHER

With videos by Ursula BIEMANN (Switzerland), Janet BIGGS (USA), mounir FATMI (Morocco), Shaun GLADWELL (Australia), Abdul Rahman KATANANI, Ali KAZMA (Turkey), Thomas LASBOUYGUES (France), Eva MAGYAROSI (Hungary), Jean-Michel PANCIN (France), Jhafis QUINTERO (Panama), Mario RIZZI (Italia), raymundo (France), Frank SMITH (France)

For ESTE ARTE 2018, Analix Forever proposes a video project based on the concept of space, the video screen by itself being a specific space, a specific environment where artists unfold there own vision of space : the sub-aquatic space (Ursula Biemann), the memory space (Ali Kazma), the lost paradise (Eva Magyarosi), the dream space (mounir fatmi), the urban space (Shaun Gladwell), the prison space (Jhafis Quintero, Abdul Rahman Katanani), lost endless spaces (Frank Smith, Mario Rizzi, Jean-Michel Pancin), other yet unexplored planets (Janet Biggs and Thomas Lasbouygues), a space to play (raymundo)…

Space for the artists is always first a mental space, a representation of the world, of their world, whether this world is extremely open as for Janet Biggs, or very closed as for Jhafis Quintero. For the artists, space is first a sensation, a way to express his or her own conscience of a given environment, the result of a very personal elaboration. “I am, hence I am the space” (Paul Ardenne). The necessity to explore new forms of spaces is endless, as is the need to connect them with time.

ESTE FOCUS | Conversation with Paul Ardenne and Barbara Polla
7-8 pm, Sunday, January 7, 2018
How does a relationship between galerist and curator-art historian unfold over the years ? In order to work together on the long term, we need to create a win-win situation, where the benefit from the relationship goes way beyond a financial benefit. When the galerist does work as an explorer, then he or she can contribute as a source of constant update for the art historian, while the art historian will point to the galerist the vital artists to look at today. Furthermore, the generation of projects, the investigation of themes, media, the organisation of conferences, and writing represent potential fruitful territories for exchange and reciprocal learning. Only shared intellectual, philosophical and aesthetic approaches may keep the relationship going for years.

And in the Cultural Program, led by Martin Craciun, Analix Forever presents, on the theme of dance, videos by Ali KAZMA, Elena KOVYLINA & Lee YANOR.

For more information, please click here

LA PAROLE EST PLUS FORTE QUE LA VIOLENCE

décembre 20, 2017

ENTRETIEN ENTRE “FRÈRES” AVEC ABDUL RAHMAN KATANANI  ET NICOLAS ETCHENAGUCIA

N. Abdul Rahman, tu as donc commencé à développer ton sens artistique en faisant des caricatures, peux-tu m’en dire davantage sur cette période qui a marqué le début de ta pratique ?

AR. Oui, j’ai commencé à faire des caricatures à l’âge de 15 ans mais j’ai arrêté en 2007. J’accrochais mes dessins sur un mur du camp de Sabra à Beyrouth où je vis, c’était comme un rendez-vous hebdomadaire, un journal de la rue qui rassemblait beaucoup de monde. J’ai dessiné des caricatures tous les jours, pendant des années.

N. Pourquoi as-tu arrêté ? Qu’est ce que cela a changé pour toi dans ta manière de créer, de résister ?

AR. J’ai arrêté, en premier lieu, pour que les menaces que je recevais de la part des groupes militaires s’arrêtent. Ce qui fut le cas. Ensuite, parce que j’avais envie de changer mon état d’esprit, mon énergie créatrice. Quand on dessine des caricatures, on dénonce plus que l’on ne propose, c’est une énergie nécessaire mais qui, d’après moi, est négative. En tant que caricaturiste, on cherche à mobiliser les gens et à faire naitre en eux un sentiment de révolte contre la politique menée, l’injustice ou la corruption. Mais quand on vit dans un camp de réfugiés, on sait que tous ces problèmes existent, mais on n’a pas de réels moyens de révolte – ou bien on risque de se faire tuer. Mon idée était, et est toujours, de donner aux personnes que je côtoie de loin ou de près le pouvoir de sortir, la possibilité de s’affranchir du contrôle permanent et je ne pense pas que la politique soit la solution, mais l’éducation, la culture et l’art peut-être…

N. C’est pour cela que tu t’es engagé vers un autre chemin ?

AR. Oui, un jour j’ai ressenti le désir de véritablement créer et de changer ma manière de penser. Adolescent, j’étais énervé et révolté, j’avais envie de tout casser. L’art a été pour moi un moyen de résister sans que la violence prenne le dessus, tout en tenant éloignées les menaces des groupes politico-militaires qui ne comprenaient plus ce que je faisais. À travers mes sculptures et mes installations, j’ai appris que l’art est bien plus fort que les groupes militaires. L’art permet de sortir tout ce qu’il y a en nous et en même temps cela peut encourager certaines personnes de notre entourage à faire preuve d’esprit critique, à devenir artistes ou bien simplement à faire des études. Cela donne de la force.

N. Ensuite, tu es allé étudier aux Beaux-Arts de Beyrouth.

AR. Oui, j’ai intégré l’école en 2003 un peu par hasard car je n’étais pas destiné à intégrer cette école…

N. Dans quelles conditions as-tu intégré les Beaux-Arts ? Comment en as-tu entendu parler ?

AR. J’avais un ami caricaturiste qui m’avait transmis sa passion pour la caricature en me prêtant des livres. Il m’a ensuite conseillé de postuler aux Beaux-Arts, à Beyrouth. Je ne savais même pas ce que c’était les Beaux-Arts !
À l’époque, j’avais comme projet d’intégrer une école de conception graphique car c’était une voie qui m’aurait permis de devenir autonome et de travailler rapidement à mon compte. Mais les frais de scolarité étaient bien trop élevés pour moi.

N. Donc tu ne te prédestinais pas à devenir artiste et encore moins à délivrer un message politique à travers tes œuvres ?

AR. Pas du tout ! Mon désir profond était de m’en sortir par n’importe quel moyen et d’être indépendant des lois libanaises encadrant la vie des Palestiniens, ce n’était pas forcément facile.

N. Tu vis donc au Liban depuis toujours. Peux-tu me dire en quoi la vie d’un Libanais diffère de celle d’un Palestinien vivant au Liban qui a le statut de réfugié ?

AR. La vie d’un Libanais et d’un Palestinien vivant au Liban est régie par des règles tout à fait différentes. Par exemple, l’accès à l’Université est compliqué ; le droit libanais interdit aussi aux Palestiniens d’exercer certains métiers tels que celui d’architecte ou de haut fonctionnaire. On est encore loin de l’égalité même si cela évolue doucement…

N. Revenons-en à ton entrée dans l’école, comment l’as-tu vécue ?

AR. C’était très intense. Intimidant mais excitant. Une fois inscrit au concours, je n’avais pas grand espoir d’être accepté mais cela ne me coutait rien d’essayer. Au moment des résultats, je n’y croyais pas lorsque mon nom était en haut de la liste dans la catégorie “accepté” !

N. Accepté du premier coup alors que tu n’y connaissais rien à l’art…

AR. Rien ! Le peu de choses que je connaissais venait de ma pratique de la caricature. Je m’étais passionné pour l’histoire de la caricature et je connaissais quelques grands noms de l’histoire de l’art tels Goya ou Da Vinci mais je ne connaissais aucune technique, courant de pensées… Tout ce que je savais faire, c’était créer un monde à partir d’une feuille de papier et d’un feutre.

N. Et que te reste-t-il de l’époque où tu créais des mondes à partir d’une feuille de papier ?

AR. Il me reste la profonde volonté de dire ce qui ne va pas, de le crier haut et fort. Au niveau matériel, il ne me reste plus grand chose car sur le millier de caricatures que j’ai réalisé en ce temps là, j’en ai conservé moins d’une centaine que je ne regarde que très rarement.

N. Et qu’est ce qui t’a marqué lors de tes études à Beyrouth ?

AR. Je ne saurais dire ce qui m’a le plus marqué car il y a eu beaucoup d’événements marquants : l’apprentissage de la technique (en peinture et sculpture notamment), la découverte des écoles de peinture française notamment l’Impressionnisme…

La couleur fut une rencontre assez étrange car je n’avais pas cette culture. Dans un camp de réfugiés il n’y a, d’une part, pas d’art à proprement parler, et d’autre part, pas de couleur : tout ce que l’œil voit, il le voit en niveau de gris. Au début, j’avais donc du mal à apprécier les œuvres très colorées, cela ne me parlait pas, ne me touchait pas.

(…)

N. Dans ton travail enfin, on retrouve cette idée du mouvement, de la forme qui ne commence et ne finit jamais vraiment. Avec la vague, le cercle et le tourbillon notamment. Pourquoi est-ce important pour toi ?

AR. C’est une nouvelle fois directement lié à ma vie. J’associe le mouvement à une forme de nomadisme. Quand on est réfugiés, on ne sait jamais quand on arrive, quand on repart. Notre lieu de vie est temporaire même si dans mon cas, cela fait presque 70 ans que c’est une situation temporaire… Pour te donner un exemple, mes parents ont dû changer de lieu de vie presque une dizaine de fois depuis 1948, ils sont revenus de nombreuses fois dans leur ancienne maison pour la retrouver détruite ou brulée. Alors quand on achète quelque chose pour l’appartement, on a toujours dans un coin de la tête l’idée que l’on va devoir partir à cause de la guerre, que cela ne sert à rien de choisir un meuble qu’on désire léguer à ses enfants. Et de ce sentiment d’incertitude constante, je crée des formes car elles contiennent en elles l’espoir. J’aime le mouvement dans la forme. Il dit que quelque chose est possible.

Entretien avec Abdul Rahman Katanani, publié dans le livre HARD CORE, édition Barbara Polla / ANALIX FOREVER disponible à la galerie Magda Danysz, à lire dans son intégralité sur Le Point Contemporain

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